Diététicienne côlon irritable : un accompagnement sur mesure

Ecrit par Françoise Debuy
Diététicienne spécialiste côlon irritable, formée au régime FODMAP à la Monash University: Cabinet Lyon & téléconsultation
Le syndrome de l’intestin irritable (SII) touche 5 Ă 15 % des Français : douleurs, ballonnements, transit perturbĂ©.
Le rĂ©gime FODMAP (protocole en 3 phases, créé par la Monash University) soulage les symptĂ´mes chez environ 70 % des patients. Ce protocole est complexe : il est souhaitable de bĂ©nĂ©ficier d’un accompagnement nutritionnel pour la mise du protocole et obtenir une efficacitĂ©. Pour information, un protocole simplifiĂ© existe et je le propose dans la majoritĂ© des cas.
Une diĂ©tĂ©ticienne spĂ©cialisĂ©e intestin irritable vous guide de A Ă Z : de l’Ă©valuation initiale Ă la rĂ©introduction des aliments.
Consultations disponibles en cabinet à Lyon et en téléconsultation
1. Le syndrome de l’intestin irritable, une maladie peu diagnostiquĂ©e
1.1 DĂ©finition du syndrome de l’intestin irritable
Le syndrome de l’intestin irritable (SII), aussi appelĂ© colopathie fonctionnelle ou cĂ´lon irritable, est une maladie chronique. Elle associe des douleurs abdominales et des troubles du transit: diarrhĂ©e, constipation, ou alternance des deux.
Cette affection touche 5 à 15 % de la population française et peut sérieusement altérer la qualité de vie. Elle concerne deux à trois fois plus les femmes que les hommes, avec un début souvent entre 20 et 30 ans.
1.2 Les symptĂ´mes de l’intestin irritable
Les douleurs sont au premier plan: d’intensitĂ© variable, souvent accompagnĂ©es de ballonnements et de flatulences (gaz).
Elles sont fréquemment :
- accentuées quelques heures après les repas
- soulagĂ©es ou aggravĂ©es par l’Ă©mission de selles ou de gaz
- parfois intermittentes, parfois quotidiennes
D’autres maladies peuvent s’associer au SII : fibromyalgie, cystite interstitielle, reflux gastro-Ĺ“sophagien, endomĂ©triose …
Jean Marc Sabaté, gastro-entérologue, évoque que ce syndrome est souvent nié par certains médecins voire même par certains gastro-entérologues. Il rapporte même que d’après une étude de l’association des patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable (APSSII), dans 10 % des cas, c’est le patient lui même qui s’est reconnu dans cette maladie.
Ce qu’il faut retenir : il n’y a pas un SII, mais des SII. Chaque patient a son propre tableau clinique. Dans les cas les plus sĂ©vères, les symptĂ´mes empĂŞchent de sortir de chez soi: repas Ă l’extĂ©rieur, voyages, vie professionnelle, tout devient compliquĂ©.
1.3 Les causes du syndrome de l’intestin irritable
Les mécanismes sont encore mal compris, mais plusieurs hypothèses sont validées scientifiquement :
Troubles de la motricité intestinale : hypermotricité provoquant crampes et rétention de gaz (surtout dans les formes diarrhéiques)
Hypersensibilité intestinale : présente chez environ 60 % des malades, possiblement liée à des perturbations immunitaires
Anomalies du contrôle de la douleur viscérale au niveau du système nerveux central
Perturbation du microbiote intestinal : favorisant une fermentation colique excessive
Hausse de la perméabilité intestinale : permettant le passage de fragments bactériens et provoquant des réactions inflammatoires
Le stress, l’anxiĂ©tĂ© et l’alimentation peuvent dĂ©clencher ou aggraver les symptĂ´mes.Â
1.4 Le diagnostic mĂ©dical du syndrome de l’intestin irritable
Le diagnostic repose sur les critères de Rome IV (2016) :
- Douleur abdominale présente depuis au moins 6 mois, survenant au moins 1 jour par semaine durant les 3 derniers mois
- Associée à au moins 2 de ces critères : lien avec la défécation, modification de la fréquence des selles, modification de la consistance des selles (échelle de Bristol)
On distingue quatre formes :
- SII- D : diarrhée prédominante
- SII- C : constipation prédominante
- SII – M : mixte (alternance)
- SII- D : indéterminé
Seul un mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste ou un gastro-entĂ©rologue peut poser ce diagnostic, après avoir Ă©cartĂ© d’autres pathologies aux symptĂ´mes similaires : maladie cĹ“liaque, maladie de Crohn, RCH ….
Un point important : lors du diagnostic, les patients entendent souvent “tout va bien”, “vous n’avez rien”. Ce sentiment de ne pas ĂŞtre entendu est rĂ©el: et frĂ©quent. Sachez que votre souffrance est lĂ©gitime, et qu’une prise en charge adaptĂ©e existe.
2. L’Ă©tude Nutrinet-SantĂ© concernant les patients souffrant de l’intestin irritable
Cette grande Ă©tude française a comparĂ© les habitudes alimentaires de patients atteints du SII Ă celles de sujets “tĂ©moins” non malades: 36 448 adultes au total, dont 76,9 % de femmes, avec un âge moyen de 50 ans.
5,1 % des participants présentaient un SII.
Résultats clés :
-
Les patients SII avaient un apport calorique légèrement plus élevé, avec plus de graisses et moins de protéines
-
Leurs apports en micronutriments étaient plus faibles : calcium, potassium, zinc, vitamines B2, B5 et B9
-
Ils consommaient moins de lait, de yaourt et de fruits, mais plus de boissons gazeuses non sucrées
Ces dĂ©sĂ©quilibres s’expliquent par les restrictions alimentaires spontanĂ©es des patients, qui Ă©vitent certains aliments pour limiter leurs symptĂ´mes: souvent sans encadrement professionnel, et parfois au dĂ©triment de leur Ă©quilibre nutritionnel.
C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ qu’une diĂ©tĂ©ticienne spĂ©cialiste SII fait la diffĂ©rence : soulager les symptĂ´mes sans crĂ©er de carences.
3. Le rĂ©gime pauvre en FODMAP, pour soulager l’intestin irritable
3.1 Les FODMAP
FODMAP est l’acronyme anglais de Fermentable Oligosaccharides Disaccharides Monosaccharides and Polyols: en français : sucres fermentescibles peu ou non absorbĂ©s par l’intestin grĂŞle.
Ils provoquent des symptômes digestifs par deux mécanismes :
- Fermentation bactérienne dans le côlon → production de gaz → ballonnements, douleurs, hypersensibilité viscérale
- Effet osmotique → augmentation de la quantitĂ© d’eau dans le cĂ´lon → rĂ©actions intestinales
Les principales familles de FODMAP sont les suivantes :
- Oligosaccharides : fructanes (blé, seigle) et galacto-oligosaccharides ou GOS (légumineuses)
- Disaccharides : lactose (lait, yaourt): l’intolĂ©rance au lactose est surreprĂ©sentĂ©e chez les patients SII
- Monosaccharides : fructose en excès de glucose (pomme, poire, mangue, miel)
- Polyols : sorbitol, xylitol, mannitol (fruits Ă noyau, avocat, champignons)
3.2 Le protocole FODMAP créé par la Monash University
Le protocole FODMAP a Ă©tĂ© mis au point en 2005 par Peter Gibson et Susan Shepherd, chercheurs Ă la Monash University de Melbourne. Il s’est depuis imposĂ© comme la rĂ©fĂ©rence mondiale dans la prise en charge nutritionnelle du SII.
Important : on parle de protocole FODMAP, pas de rĂ©gime Ă vie. L’objectif est de rĂ©introduire les aliments, pas de les supprimer dĂ©finitivement.
Le protocole se déroule en 3 phases :
Phase 1: Exclusion (4 Ă 6 semaines) Élimination des aliments riches en FODMAP pour calmer les symptĂ´mes et repartir sur une base neutre. C’est la phase la plus stricte: et la plus dĂ©licate Ă mettre en place sans aide.
Phase 2: RĂ©introduction progressive Chaque famille de FODMAP est testĂ©e une par une (lactose, galactanes, fructanes, mannitol, fructose, sorbitol). L’objectif : identifier prĂ©cisĂ©ment ce que votre intestin ne tolère pas. Un seul groupe Ă la fois, avec un protocole rigoureux.
Phase 3: Personnalisation Vous connaissez maintenant vos seuils de tolĂ©rance. L’alimentation est adaptĂ©e sur le long terme : on garde uniquement les restrictions nĂ©cessaires, on rĂ©intègre tout le reste. Le but final est de manger le plus variĂ© possible.
Pour aller plus loin, découvrez notre guide sur le régime FODMAP complet : aliments, liste et protocole détaillé.
Ce protocole est efficace: mais il est aussi complexe et restrictif. Sans accompagnement, les risques d’erreurs, de dĂ©couragement et de carences sont rĂ©els. C’est pourquoi la Monash University elle-mĂŞme recommande de le suivre avec un diĂ©tĂ©ticien formĂ© Ă la mĂ©thode.
3.3 Les précautions avant de commencer un régime pauvre en FODMAP
3.3.1 Une consultation mĂ©dicale indispensable auprès d’un gastroentĂ©rologue
Le rĂ©gime FODMAP ne s’improvise pas. Il doit ĂŞtre dĂ©marrĂ© après un diagnostic mĂ©dical de SII, ou au minimum après une consultation mĂ©dicale ayant Ă©cartĂ© d’autres pathologies.
Les symptĂ´mes du SII ne sont pas spĂ©cifiques : ils peuvent ressembler Ă ceux d’une maladie cĹ“liaque, d’une maladie de Crohn ou d’une endomĂ©triose. Un bilan mĂ©dical prĂ©alable est non nĂ©gociable.
3.3.2 Une absence de contre-indication médicale
Le protocole FODMAP est contre-indiqué si vous souffrez ou avez souffert de troubles du comportement alimentaire (TCA). Sa nature très restrictive peut déclencher ou aggraver ces troubles.
En cas de doute, parlez-en à votre médecin ou à votre diététicienne avant de commencer.
3.3.3 Une évaluation par une diététicienne spécialiste du côlon irritable
Avant de dĂ©marrer, une consultation diĂ©tĂ©tique permet d’Ă©valuer :
- Vos apports nutritionnels actuels et les risques de carences
- Votre capacité à suivre le protocole (organisation, disponibilité, état psychologique)
- La pertinence du rĂ©gime FODMAP pour vous Ă ce moment prĂ©cis: parfois, ce n’est pas le bon timing
- Un protocole allĂ©gĂ© si vous consommez dĂ©jĂ peu d’aliments riches en FODMAP
Les Ă©tudes montrent que le protocole est mieux suivi et plus efficace lorsqu’il est encadrĂ© par une diĂ©tĂ©ticienne: notamment lors des phases 2 et 3, les plus complexes. Le suivi limite le risque d’Ă©chec et prĂ©vient les carences nutritionnelles.
Consulter une diĂ©tĂ©ticienne cĂ´lon irritable : pourquoi c’est essentiel
Le SII est une maladie chronique, fluctuante. Il n’existe pas de traitement universel. Ce qui fonctionne aujourd’hui ne fonctionnera peut-ĂŞtre pas dans six mois: et c’est normal.
Ce que je vous propose, en tant que diététicienne spécialiste du côlon irritable, formée au protocole FODMAP par la Monash University :
- Une écoute bienveillante de votre vécu et de vos symptômes
- Un bilan nutritionnel complet avant toute mise en place du protocole
- Un accompagnement personnalisé, adapté à vos goûts, votre mode de vie, votre rythme
- Un suivi rigoureux des 3 phases du protocole, avec des ajustements en temps réel
- Une orientation vers d’autres professionnels si nĂ©cessaire (gastro-entĂ©rologue, hypnothĂ©rapeute, ostĂ©opathe, mĂ©decin)
D’autres approches ont Ă©galement montrĂ© leur efficacitĂ© dans la prise en charge du SII : l’hypnose, la mĂ©ditation pleine conscience, l’ostĂ©opathie et certains probiotiques. Je peux vous orienter vers ces solutions complĂ©mentaires selon votre situation.
L’Association de Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable (APSSII) peut aussi ĂŞtre un soutien prĂ©cieux : groupe Facebook, ligne d’Ă©coute, forum d’Ă©change, rencontres entre adhĂ©rents.
Vous n’avez pas Ă traverser ça seul(e). Si vous souhaitez une consultation avec une diĂ©tĂ©ticienne FODMAP, je suis lĂ pour vous accompagner.
FAQ: Vos questions sur le côlon irritable et le régime FODMAP
Qu’est-ce que le syndrome de l’intestin irritable ?
Le syndrome de l’intestin irritable (SII), aussi appelĂ© cĂ´lon irritable ou colopathie fonctionnelle, est une maladie chronique caractĂ©risĂ©e par des douleurs abdominales, des ballonnements et des troubles du transit (diarrhĂ©e, constipation ou alternance). Il touche 5 Ă 15 % de la population française et est diagnostiquĂ© selon les critères de Rome IV par un mĂ©decin ou un gastro-entĂ©rologue.
Le régime FODMAP est-il efficace pour le côlon irritable ?
Oui: c’est l’une des approches nutritionnelles les mieux documentĂ©es pour le SII. Environ 70 % des patients observent une amĂ©lioration significative de leurs symptĂ´mes après quelques semaines de protocole. Il ne s’agit pas d’un rĂ©gime Ă vie : l’objectif est d’identifier vos intolĂ©rances personnelles pour retrouver une alimentation variĂ©e et confortable.
Faut-il une ordonnance pour consulter une diététicienne ?
Non, aucune ordonnance n’est nĂ©cessaire pour prendre rendez-vous. Vous pouvez consulter directement, en cabinet Ă Lyon ou en tĂ©lĂ©consultation. Cela dit, un avis mĂ©dical prĂ©alable (mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste ou gastro-entĂ©rologue) reste fortement recommandĂ© avant de dĂ©marrer le protocole FODMAP.
Combien de séances faut-il pour aller mieux ?
Cela dĂ©pend de chaque personne. En gĂ©nĂ©ral, le protocole FODMAP complet (phases 1, 2 et 3) s’Ă©tale sur 3 Ă 6 mois. Plusieurs sĂ©ances de suivi sont nĂ©cessaires pour ajuster le protocole, accompagner les rĂ©introductions et prĂ©venir les carences. L’amĂ©lioration des symptĂ´mes peut ĂŞtre ressentie dès les premières semaines de la phase d’exclusion.
Peut-on faire le régime FODMAP sans diététicienne ?
Techniquement oui: mais c’est risquĂ©. Le protocole est restrictif, les listes d’aliments sont complexes et les informations disponibles en ligne sont souvent incohĂ©rentes. Sans accompagnement, les risques d’erreurs, de carences et d’abandon prĂ©maturĂ© sont Ă©levĂ©s. Un suivi professionnel augmente significativement les chances de succès, surtout lors des phases de rĂ©introduction.
“Comment j’Ă©value si le protocole FODMAP est adaptĂ© Ă un patient dès la première consultation ?”
Lors de la première sĂ©ance, je rĂ©alise un bilan diĂ©tĂ©tique global afin d’identifier des contre indications mĂ©dicales du rĂ©gime et de vĂ©rifier avec la personne si elle sera en capacitĂ© de suivre le protocole.
“Quelle est l’erreur la plus frĂ©quente que je vois chez les patients qui ont tentĂ© le rĂ©gime seuls ?”
L’erreur principale est de suivre ce rĂ©gime Ă l’aide d’informations trouvĂ©es sur internet, comme des listes d’aliments non fiables ou pas mises Ă jour.
“Comment j’adapte le protocole quand une patiente mange dĂ©jĂ très peu d’aliments riches en FODMAP ?”
Dans ce cas lĂ , il est nĂ©cessaire de faire un bilan plus approfondi et Ă©valuer le comportement alimentaire, la gestion du stress, le sommeil, l’acitivitĂ© physique, l’hydratation … Il est aussi possible que la personne a une alimentation trop restrictive et peu diversifiĂ©e.
Combien de séances faut-il pour aller mieux ?
Cela dĂ©pend de chaque personne. En gĂ©nĂ©ral, le protocole FODMAP complet (phases 1, 2 et 3) s’Ă©tale sur 3 Ă 6 mois. Plusieurs sĂ©ances de suivi sont nĂ©cessaires pour ajuster le protocole, accompagner les rĂ©introductions et prĂ©venir les carences. L’amĂ©lioration des symptĂ´mes peut ĂŞtre ressentie dès les premières semaines de la phase d’exclusion.
Sources bibliographiques
- Étude Nutrinet-Santé : Torres MJ, Sabate JM, Bouchoucha M, Buscail C, Hercberg S, Julia C: Consommation alimentaire et apports alimentaires chez 36 448 adultes et leur association avec le syndrome du côlon irritable
- Jean-Marc Sabaté, Intestin irritable, équilibrez votre microbiote et faites la paix avec votre côlon, Larousse, 2020
- François Mion, Le syndrome de l’intestin irritable, Mango, 2019
- Ropert A, Bouquen G. Troubles de la motricitĂ© intestinale et hypersensibilitĂ© viscĂ©rale dans le syndrome de l’intestin irritable. Gastroenterol Clin Biol. 2009;33:S35-9.
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- Simren M, et al. Food-related gastrointestinal symptoms in the irritable bowel syndrome. Digestion, 2001. 63(2): p. 108-15
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- Vernia P, Ricciardi MR, Frandina C et al. Lactose malabsorption and irritable bowel syndrome. Ital J Gastroenterol. 1995;27(3):117-21
- Halmos EP, et al. A diet low in FODMAPs reduces symptoms of irritable bowel syndrome. Gastroenterology, 2014. 146(1): p. 67-75
Ressources utiles :